Figures et modalités de l'apparition dans les œuvres d'art

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Présentation

Figures et modalités de l’apparition dans les œuvres d’art, journée d’étude du LASLAR (Université de Caen), à la Maison de la Recherche en Sciences Humaines, le 25 mars 2015.

Intervenants

  • Fleur Courtois (GECo, Université Libre de Bruxelles) ;
  • Hélène Frazik (LASLAR, Caen) ;
  • Maud Pouradier (Identité et Subjectivité, Caen) ;
  • Anne-Marie Riss (Université de Caen Inter-âges) ;
  • Francine Wild (LASLAR, Caen).

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Comment peut-il y avoir de l’apparition ? Paradoxes de l’apparition dans l’esthétique de la représentation et l’esthétique de la présence.

Maud Pouradier

Caractéristiques de l’apparition :

  • attente et crainte mêlées ;
  • évènement presque indiscernable, apparition qu’y ne s’exprime pas mais que l’on comprend ;
  • invisible qui entre dans l’univers du visible mais qui n’est pas pleinement visible ;
  • évènement fondé sur la foi dans la sacralité de l’apparition.

Selon Pouradier, l’apparition religieuse est le paradigme de l’apparition. L’apparition de la Vierge se fait en 2 temps, d’après les témoignages (notamment ceux d’Alphonse Ratisbonne). Dans la Vulgate, l’expression ophte (être vu) est équivalente à apparere (apparaître), mais plus usitée. Cela dit, la transfiguration n’est pas qualifiée d’apparition par les docteurs de l’Église.

Pouradier s’interroge alors : l’apparition est-elle une mystique de l’art, ou une conception représentative de l’art où elle serait une modalité d’entrée en scène ? Selon Jean-François Lyotard, l’œuvre est une apparence contenant une apparition. Le philosophe écrit que l’apparition surgit dans une courbure, un spasme, ou encore une contraction de l’espace-temps. Chez lui, une esthétique athée doit faire le deuil de l’apparition.

L’apparition peut aussi faire partie d’une hallucination (chez Maurice Merleau-Ponty par exemple). L’enjeu de l’hallucination est alors de savoir s’il s’agit de réel ou non.

Chez Emmanuel Kant, la notion d'Erscheinung équivaut à l’apparition. Chez Alexandre Scriabine, la synesthésie doit permettre l’apparition, la vérité au-delà du sensible.

Pour Denis Diderot, il n’y a pas d’apparition en art, et peindre des apparitions (forcément ratées) serait le meilleur moyen de faire perdre la foi.

Maud Pouradier commente :

  • Le Coup de lance (Rubens), où la forme en haut à gauche serait l’œil de Dieu apparu ;
  • Le Souper d’Emmaüs (Caravage), où la partie éclairée du visage du Christ n’est vue directement par aucun personnage.

Le son et l’apparition fantastique dans le cinéma français de l’entre-deux-guerres.

Hélène Frazik

Principalement associé à un surplus de réalisme, le son dans le cinéma français de l’entre-deux-guerres a aussi permis des surgissements fantastiques.

Auparavant, ce surgissement est visuel : dans Belphégor (Henri Desfontaines, 1927, muet), l’apparition figure ce que disent les hauts-parleurs (une apparition visuelle du son, d’ordre surnaturel).

Les cinéastes anti-militaristes d’avant-guerre cherchaient à effrayer les spectateurs et à les dégoûter de la guerre (images choquantes, cris terrifiants). Pour J’accuse (1938), Abel Gance engage de véritables « gueules cassées ». Dans le film, les appels répétés du personnage de Jean Diaz précèdent les apparitions des morts-vivants.

Dans La Charrette fantôme de Julien Duvivier (1939), le son de la charrette précède l’apparition de la Mort, mais Frazik considère le son comme une apparition en tant que telle.

Frazik note que dans les années 50, le fantastique retrouve son mutisme, et donc son efficacité (notamment dans les surgissements sonores).

Une apparition intempestive dans la broderie de Bayeux. Essai d’élucidation.

Anne-Marie Riss

La tapisserie de Bayeux (Riss préfère à juste titre parler de broderie de Bayeux) est une installation de la fin du XIe siècle, que l’on ne sortait qu’une fois par an. On la parcourt du début à la fin, sans visuellement pouvoir embrasser sa totalité avec précision. Riss la considère comme une fiction narrative.

Pour Riss, le personnage central de la broderie est Édouard le Confesseur, figure tutélaire de la monarchie britannique du XIIe siècle, canonisé en 1161. Sa présence n’est ni centrale ni même mise en avant : c’est par ses apparitions récurrentes qu’Anne-Marie Riss a pu l’identifier.

L’apparition dans Clovis ou la France Chrétienne (1657) de Desmarests de Saint-Sorlin.

Francine Wild

Écrite par le poète français Jean Desmarets de Saint-Sorlin, cette épopée fut méprisée — comme toutes les épopées de l’époque, d’après les jugements du critique Nicolas Boileau.

L’œuvre raconte le fondement catholique et royal de la France, et fait notamment référence à l’association entre les dieux grecs et les démons par certains Pères de l’Église.

Les gravures d’illustration portent très souvent sur les apparitions dans le récit.

Modes d’émergence de l’œuvre selon Étienne Souriau.

Fleur Courtois

Cette communication est basée sur les travaux philosophiques d’Étienne Souriau, sur ses considérations esthétiques à propos de l’art chez les animaux, et sur le fait que chaque être vivant aurait un mode d’existence[1].

Chez Souriau, l’apparition est la modalité de création de l’œuvre, un trajet instauratif, un passage qualifié de faire-œuvre. L’apparition s’apparente à une urgence existentielle, un mode d’existence inachevé, une carence d’âme ; et l’artiste se met à disposition de compenser ce manque.

On pourrait ainsi rapprocher l’apparition chez Souriau d’une redéfinition de l’inspiration.

Notes et références

  1. Voir l’ouvrage de Souriau : Les différents modes d’existence, PUF, 2009)

Principaux ouvrages cités