Hétéronormativité, sexualité et injonction à la maternité

De Tilde3 wiki
Aller à : navigation, rechercher

Présentation

Hétéronormativité, sexualité et injonction à la maternité : quelles pratiques d’émancipation ?, séminaire du CERReV (Université de Caen) du 28 février 2014.

Intervenantes

  • Élise Devieilhe (docteure en sociologie, UCBN) ;
  • Lucile Hertzog (doctorante en sociologie, UCBN).

Résumé

La médecine moderne s’est attachée à justifier biologiquement le genre en posant deux catégories « homme » et « femme » présentées comme obligatoires, exclusives, complémentaires et hiérarchisées. Ce regard porté sur les corps a pour origine impensée le présupposé social hétéronormatif, renforçant l’injonction à la maternité par le recours à l’Assistance Médicale à la Procréation (AMP). L’émancipation de ce cadre normatif n’est dès lors possible qu’au prix d’une réflexion visant à déconstruire ces assignations de genre et de sexualité par des méthodes critiques de la norme.

Live tweet #MRSH140228

Les caractères biologiques ne suffisent pas à déterminer les catégories mâle et femelle, et excèdent cette catégorisation binaire. Malgré cela, l’Institution (médecine, Justice, Éducation…) défend cette binarité au nom de l’hétéronormativité, qui excède la seule injonction à l’hétérosexualité. L’hétéronormativité mène au différentialisme, interprètation hétéronormative de l’activité physiologique des sexes. Les femmes et les hommes y sont distincts et opposés, mais complémentaires. La femme y est essentialisée : elle doit être à disposition pour la vie et le devoir conjugual, la procréation puis la maternité.

La pensée procréative rend systématique le suivi gynécologique. Les organes visibles du plaisir (notamment le clitoris) sont exclus de ce suivi, au profit des organes procréateurs cachés. Le stérilet est méprisé, la stérilisation évidemment rejetée. La santé reproductive (ou santé génésique)[1] est largement orientée vers les femmes (de même que les pratiques de contraception sont largement féminines — quand bien même des méthodes masculines existent et pourraient être favorisées). La gynécologie pose aussi la femme comme hétérosexuelle. C’est une médecine institutionnelle, qui pourrait être réalisée par un généraliste cependant que l’andrologie est rare et non-systématique. En général, la médecine demeure « procréative » : la femme y est une mère en devenir, responsable de la bonne marche du projet de maternité. Dans les services d’Assistance Médicale à la Procréation (AMP), la femme est sur-sollicitée et doit être disponible malgré ses activités. Il est à noter qu’à l’exception des revues pornographiques (associées au don de sperme), la sexualité est absente du processus d’AMP : tout est biotechnique.

L’éducation à la sexualité est également hétéronormative. Elle pose la pénétration comme essentiellement péno-vaginale. Certains organes (comme le clitoris ou la prostate) sont exclus de cette éducation sexuelle, et à terme des pratiques sexuelles réelles. On a d’ailleurs pu parler d’« excision culturelle », dans ce rejet systématique du clitoris par les sociétés hétéronormées, à l’instar de l’excision physique pratiquée par des sociétés de ce type.

Enfin, le rapport de l’éducation sexuelle à l’homosexualité est difficile, et passe par ces quatre étapes :

  1. exclusion ;
  2. tolérance ;
  3. inclusion ;
  4. critique de la norme.

La tolérance n’est donc qu’une étape vers l’égalité : elle vient toujours du dominant, qui d’ailleurs s’en félicite.

Notes et références

Notes

  1. Section « Santé reproductive », Organisation Mondiale de la Santé

Références