L'imbrication des rapports sociaux dans la mondialisation néolibérale

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Présentation

L’imbrication des rapports sociaux dans la mondialisation néolibérale : les femmes entre exploitation et appropriation, séminaire du CERReV (Université de Caen) du 13 mars 2014.

Intervenante

Jules Falquet (maître de conférence en sociologie, Paris VII).

Résumé

Dans la continuité des processus de colonisation et d’esclavage, de l’oppression multiforme des femmes et du développement du capitalisme, la mondialisation néolibérale est une réorganisation des rapports sociaux de classe, de sexe et de « race ». En utilisant les outils théoriques du féminisme matérialiste francophone (Colette Guillaumin) Elle réfléchira à la dynamique néolibérale des rapports sociaux imbriqués d’appropriation et d’exploitation, qu’elle a appelé système de « vases communicants ».

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Le féminisme noire étasunien puis le féminisme matérialiste européen sont les premiers à avoir posé l’imbrication des rapports sociaux. Parmi ces pionnières du féminisme matérialiste, Colette Guillaumin (CNRS) a d’abord travaillé sur le racisme avant de le croiser avec le féminisme. Elle a ainsi croisé genre, race et classe socio-économique, en distinguant l’exploitation de l’appropriation (une possession totalisante d’une classe sur une autre, qui peut être individuelle ou collective). Sociologiquement, la femme, en tant que classe appropriée, est donc un genre et non un sexe. Des cas typiques d’appropriation sont la prostitution ou le confinement religieux (couvent par exemple).

Selon Guillaumin, les cinq moyens d’appropriation sont :

  1. le marché du travail ;
  2. le confinement dans l’espace (domestique ou public) ;
  3. les démonstrations de force (physiques, sociales) ;
  4. la contrainte sexuelle ;
  5. la loi (en particulier le droit coutumier).

Du côté de l’exploitation, il est à noter que le capitalisme (qui s’étend avec l’abolition de l’esclavage) a transformé l’esclavagisme en salarisation, moins chère et mieux organisable (cf. Flora Tristan). C’est la naissance de la prolétarisation ; le prolétariat étant une classe essentielle au capitalisme. Ce capitalisme mène à une précarisation des conditions de travail (surtout les femmes), et conjointement à une privatisation du secteur public (où sont souvent employées les femmes racialisées). Cette dynamique générale s’accompagne d’une féminisation du marché du travail, c’est-à-dire que les hommes, comme les femmes, sont précarisés.

Pour l’anthropologue Paola Tabet, s’il y a des menaces de violence, associées à un accès restreint aux moyens de production et à l’éducation, alors la femme finit par s’inscrire dans le continuum de l’échange économico-sexuel. Ce peut être la prostitution au sens courant, mais aussi (sous certaines conditions) le mariage traditionnel, que Tabet considère comme une prostitution domestique puisque la femme est appropriée en échange de son entretien.

L’imbrication des luttes est globale. Le sexe, la classe et la race ont aussi structuré le marché du travail étasunien (selon la professeure d’études féministes Evelyn Nakano Glenn). Selon Jules Falquet, l’économie du care est l’exemple d’une telle structuration : censée émanciper les femmes avec des emplois « adaptées », le care les enferme dans leur limites de classe. Le processus de legs des limites de classe à un individu s’appelle reproduction anthroponomique.

Références