L'intersectionnalité des dominations

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Présentation

L’intersectionnalité des dominations : la fabrique ordinaire d’inégalités multidimensionnelles, colloque du CERREV (Université de Caen) du 12 janvier 2015.

Intervenante

Élodie Palomares, sociologue (Université de Rouen)

Résumé

Au plan utopique, le pluralisme égalitaire – qu’il soit culturel, linguistique, alimentaire, religieux, d’orientation sexuelle, etc. – se déploierait sans inégalités ni hiérarchies ni oppressions. Il est difficile de disconvenir qu’il en va tout autrement dans les faits. En sociologie, la perspective intersectionnelle présente l’intérêt de proposer des outils et des méthodes pour interroger la persistance du racisme, du sexisme et de la domination de classe dans les sociétés démocratiques contemporaines.

Au cœur de cette énigme : la fabrique ordinaire, routinière même, d’inégalités et de différences radicales multidimensionnelles. Comment opèrent-t-elle ? Quelles mutations et quelles régularités se donnent à lire dans les enquêtes en sociologie et en anthropologie menées sur le sujet ?

L’intersectionnalité permet d’interroger l’articulation entre le monde universitaire et les mouvements sociaux, mais aussi d’aborder la question de la « hiérarchisation des luttes » au sein de ces mouvements sociaux.

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Élodie Palomares s’inscrit dans une sociologie du racisme.

On considère habituellement le racisme comme une hostilité subie par des groupes à cause d’un autre groupe traversée de préjugées préexistants. Par exemple, l’esclavage naîtrait d’un préjugé raciste. Or, historiquement c’est l’inverse : c’est l’esclavage qui cristallise la négrophobie et l’identité noire.

La différence raciale au sens pseudo-biologique favorise d’autant plus le racisme, mais n’est que secondaire : le racisme se construit autour de n’importe quel marqueur de différenciation, qu’il fabriquera dans tous les cas (Le rapport précède la marque, Colette Guillaumin). Ramòn Grosfoguel explique ainsi qu’il est d’abord perçu en France comme Algérien — et donc mal perçu, puis bien mieux perçu une fois qu’il précise qu’il est d’origine portoricaine. En outre, dans le racisme, les caractéristiques pseudo-biologiques iraient de pair avec des caractéristiques morales, intellectuelles, psychiques, etc. (ex : les femmes seraient par essence plus douces).

Palomares rappelle cette autre idée reçue : le racisme diminuerait avec l’intégration. Or, l’assimilationnisme est un colonialisme, et l’expérience (notamment en France) a prouvé que ça ne le diminuait pas, au contraire. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les USA sont très assimilationnistes, notamment via la langue. A contrario, la France cultive le roman national mais dans les faits, la citoyenneté est plurielle.

Concernant le processus de victimisation chez les populations susceptibles de subir le racisme, Colette Guillaumin explique qu’il n’est pas du tout notoire ; au contraire : face à des comportements singuliers qui pourraient procédés du racisme, ces populations cherchent d’abord ce qu’il ne va pas chez eux, grossissant ou fantasmant parfois des défauts qui leur incomberaient. À l’inverse, Palomares rappelle que les populations dominantes peuvent justifier leurs comportements racistes par le processus de victimisation (l’Autre comme menace).

Palomares soutient qu’il serait dommage d’ignorer l’approche intersectionnelle dans la recherche et la lutte. Quand bien même cette approche complique l’analyse, elle la rend plus pertinente et pousse les chercheur·e·s à la transdisciplinarité et plus de souplesse empirique (Sirma Bilge).

Dans le cadre de sa sociologie, Palomares utilise le terme de « minorités » (pour les femmes, les non-Blancs en France, etc.) plutôt que « dominés », qui laisse moins de marges de manœuvre. Cela n’introduit aucune considération numérique, mais de pouvoir. Ce terme s’inscrit dans une tradition sociologique, notamment via Guillaumin.

Élodie Palomares rappelle aussi le recours à des contre-espaces subalternes. S’ils permettent l’organisation et l’échange dans un cadre protégé, il n’exclut pas les dissensions (par phénomène d’intersectionnalité) et peuvent favoriser la ségrégation, notament en multipliant ce type de lieux.

Références