Rencontre Benoît Forgeard Gaz de France

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Présentation

Rencontre avec le réalisateur Benoît Forgeard pour la sortie de son film Gaz de France, le 15 janvier 2016 au cinéma Le Café des Images d’Hérouville-Saint-Clair.

Intervenants

  • Emmanuel Burdeau, critique de cinéma
  • Benoît Forgeard

Notes

Sauf indication contraire, les citations sont de Benoît Forgeard.

Sur le réalisateur

Benoît Forgeard était déjà venu au Café des Images en novembre 2015 pour proposer et présenter des films en lien avec les pièces Dans la République du Bonheur (Martin Crimp, 2013), Coûte que Coûte (Élisabeth Gonçalves, 2015) et Portrait Foucault (Pierre Maillet, 2016). Il avait choisi la diffusion de Paradis pour tous (Alain Jessua, 1982) et d’Idiocracy (Mike Judge, 2007).

Son premier long métrage (Réussir sa vie, 2012) regroupe en fait trois courts : La Course nue (2006), Belle-Île-en-Mer (2007) et L’Antivirus (2009)[1].

Son deuxième long métrage, Gaz de France, sort pour la première fois en festival le 17 mai 2015 (Cannes) et sur les écrans nationaux le 13 janvier 2016.

Sur le film

Enfumage

Benoît Forgeard a justifié plusieurs fois le choix du titre Gaz de France :

  • Il s’agit d’abord d’un clin-d’œil à la récupération du titre du film La dolce vita (Federico Fellini, 1960) comme nom d’entreprise (GDF Suez Dolce Vita). Forgeard opère à l’envers : le titre de l’entreprise devient le titre du film.
  • L’entreprise incarne aussi la période de croissance économique des Trente Glorieuses (de 1945 à 1975 environ), alors que le film se déroule en période de grave crise économique et politique.
  • [Gaz de France] est aussi un pur produit français ; comme notre capacité à produire du récit. Le cinéaste associe la stratégie d’« enfumage » à un véritable gaz. Le calembour est également visuel ; le film s’ouvrant et se fermant sur de la fumée.

Ainsi, le film devient physiquement enfumage. Il en montre aussi l’omniprésence dans une société et une politique de la communication[2]. Néanmoins, si son scénario déjoue les attentes et n’est donc pas du story-telling, le film reste le fruit du plaisir sincère de produire des histoires. Forgeard a longtemps tenu une rubrique dans le magazine So Film, où il imaginait des titres et pitchs de films totalement loufoques dont la sortie serait prévue pour dans dix ans[3]. Son long métrage Gaz de France est d’ailleurs un film d’anticipation (Emmanuel Burdeau).

L’un des effets comiques les plus significatifs dans le film est le recours par les personnages (notamment le conseiller Michel Battement) à des formules toutes faites, dites avec une sincérité qui fait réagir le spectateur en retard : on croit que la formule va faire effet, mais non. Le langage, qu’il soit effectif ou (a fortiori) qu’il ne le soit pas, est ainsi un mécanisme fondamental de Gaz de France : enfumage, novlangue (mais vieille ! précise Forgeard), infantilisation de la société (d’où le choix des noms de gâteaux par le robot Pithiviers).

La résolution de l’intrigue (de la « guerre à la finance » à la guerre tout court) est évidemment critique du discours politique du président François Hollande. Les intervenants notent que le cinéma a rarement montré le pouvoir politique, sujet qui fascine pourtant la population.

Processus

Le story-board de Gaz de France a été conçu avec un logiciel de 3D[4]. Les décors du film — y compris des objets — sont généralement ajoutés numériquement. Les raisons d’utiliser un « fond vert » ont été nombreuses pour Forgeard :

  1. c’est une pratique de cinéma fauché ;
  2. le travail de mise en scène est plus souple ;
  3. le réel montré est foncièrement mis en doute.

Selon le réalisateur, la relation amoureuse est le sujet du film. La « relation » pédophile entre le maire et l’adolescente est quant à elle traitée en mode mineur[5] ; et fondamentalement ambigüe (qui est le chat, la souris ?).

Benoît Forgeard joue ici, de nouveau, dans son film. Son rôle souvent muet, très vite présent (celui du robot Pithiviers), lui semble idéal pour un réalisateur car il peut diriger de l’intérieur (Gilles Mouellic).

Le cinéaste, ancien pensionnaire des Beaux-Arts de Rouen et du Studio national des arts contemporains du Fresnoy, a rappelé l’influence de l’art contemporain sur son travail, comme celle du surréalisme (notamment l’usage d’archétypes, cher à Luis Buñuel). Il a aussi parlé de son goût du bug et de l’influence du cinéma muet. Enfin, la scène des masques d’oiseaux est inspirée du Judex de Louis Feuillade (1917).

La bande originale de Gaz de France est signée Bertrand Burgalat[6].

Le film a seulement coûté 300 000 €, hors coûts de post-production. 20 copies du film sont distribuées en France, dont 1 seule sur Paris.

Références

  1. Voir ces films et projets sur son site
  2. Dans le livret du DVD Le cinéma mystérieux de Benoit Forgeard, le cinéaste explique ainsi : Philippe Muray a été le premier à mettre le doigt sur l’évolution de la société française vers une forme de carnaval perpétuel et désincarné. Il m’a ouvert tout un répertoire de formes. Citation tirée de la critique du film par Léonin Matristan (Débordements, 2016-01-25)
  3. Alexandre Hervaux, « Benoît Forgeard, l’homme aux pitchs fous », Les Inrocks, 2014-01-26
  4. Voir des extraits du story-board : Benoît Forgeard, « Sur la planche », Café en revue, 2016-01-17
  5. J'ignore si Forgeard est ici conscient de son gag verbal.
  6. « Benoit Forgeard et Bertrand Burgalat : "Gaz de France" et Tricatel », France Musique, 2016-01-16