Étudier la production d'énoncés ironiques en laboratoire

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EN COURS DE RÉDACTION

Présentation

Étudier la production d'énoncés ironiques en laboratoire, une gageure ?, conférence du CRISCO (Université de Caen), le 15 octobre 2015.

Intervenant

Marc Aguert, PALM (Université de Caen).

Résumé

Dans le champ de la psycholinguistique, l’étude de la production des énoncés ironiques est récente (début des années 2000). Les raisons de ce développement tardif tiennent sans doute à la relative rareté et la grande hétérogénéité de l’objet d’intérêt : des énoncés ironiques, produits en co(n)texte, par des locuteurs. Dans cette intervention, après avoir évoqué les difficultés méthodologiques rencontrées classiquement, je présenterai les premiers résultats recueillis à l’aide d’un protocole visant à “faire produire” de l’ironie à des sujets en laboratoire. Les limites et les avantages d’un tel protocole, qui permet de répondre à certaines des questions posées, seront discutés.

Présentation

Marc Aguert est maître de conférence en Psychologie du développement. C’est un ancien élève de Pierre Largy, lui-même élève de Michel Fayol.

Se définissant plus comme psycholinguiste que comme psychologue du développement, la conférence d’Aguert porte moins sur la psychologie cognitive que sur la pragmatique[1], c’est-à-dire sur les modes d’énonciation, la méthodologie d’étude de ces modes, la statistique des occurences de ces énoncés, etc.

Définition

L’ironie verbale renvoie à une catégorie d’énoncés où le locuteur feint de ne pas être conscient qu’un événement du contexte situationnel, en lien avec l’énoncé, ne s’est pas déroulé comme prévu, au regard d’attentes personnelles ou plus généralement, au regard de normes culturelles.

Codage

Méthode possible : ’’Verbal Irony Procedure’’ (Burgers, Van Mulken & Schellens, 2011)[2]

État de l’art

Largement basé sur une étude de Raymond W. Gibbs Jr, en 2000

  • L’ironie est fréquente : 8 % des tours de paroles dans une conversation entre amis en anglais sont ironiques.
  • Elle prend des formes linguistiques variées.
  • Il existe des dynamiques ironiques : 30 % des énoncés ironiques sont suivis par un autre énoncé ironique.
  • L’ironie est généralement produite avec des marqueurs paralinguistiques.
  • L’ironie est commune en Communication Médiatisée par Ordinateur (CMO) : Hancock (2004) a montré que l’ironie est un peu plus importante en CMO qu’en face-à-face.

Les marqueurs paralinguistiques

Les marqueurs (ou indices) paralinguistiques permettent d’indiquer plus ou moins clairement son intention ironique. Marc Aguert s’interroge :

  • Quels sont-ils ? Quels sont les plus efficaces ?
  • Sont-ils systématiques ? Varient-ils en intensité ?
  • Permettent-ils de saisir l’ironie en dehors du contexte ?
  • Sont-ils plus marqués quand le contexte est pauvre ou ambigu ? (il s’agit de la question à la base des travaux d’Aguert)

Méthode

Marc Aguert a d’abord cherché à constituer un corpus, mais il s’agit d’un travail considérable de recueil et de codage. De plus, l’ironie serait plutôt un phénomène orale, contextuel, déterminé par le contexte. Enfin, demeure la question compliquée de la sincérité de la personne étudiée.

Aguert s’interroge aussi :

  • Quel est la fréquence d’énoncés ironiques ?
  • Dans quel contexte ?
  • Y’a t-il une production en « séquences » de l’ironie ?
  • Quels sont les marqueurs spécifiques au niveau linguistique ? Paralinguistique ?
  • À partir de quel âge ? Quelles variations culturelles ?

Dès lors, il a cherché d’autres méthodes d’études possibles. Par exemple :

  • constituer un corpus conçu pour « susciter » l’ironie (exemple : des occurrences spontanées dans un contexte artificiel. Mais reste le problème du codage) ;
  • constituer un corpus déjà « ironique » (exemple : les répliques d’un personnage de sitcom connu pour son ironie).

Marc Aguert a finalement imaginé l’expérience suivante.

L’expérience

Il s’agit d’un dialogue avec des étudiants, placés dans un contexte où ils doivent raconter leur week-end à un ami qui leur demande (Aguert), en commençant par la phrase Franchement, c’était vraiment génial ; les uns ayant passé un bon week-end (énoncé sincère), les autres non (énoncé ironique).

Ce premier panel est composé de 169 participants. Une première analyse ne prend pas en compte l’effet sexe, ni le contexte riche ou pauvre (l’interlocuteur était présent durant le week-end avec le locuteur, ou pas). Résultat: environ 50% d’ironie, plus nombreuse chez les adultes que les ados (conclusion: le langage se développe donc après 5 ans, a contraro de théories existantes), et plus nombreuse chez les filles (meilleure analyse des émotions notamment).

Ont été conservé 52 énoncés ironiques (26 contx. riches / 26 pauvres, par 26 filles puis garçons) et 52 énoncés sincères (idem)

Intérêts: - identiques structurellement; - maîtrisé par l’analyste; - filmé.

Puis ces 104 vidéos de la phrase «Franchement…» ont été proposées à 30 «jeunes adultes naïfs» (15 filles), accompagnées d’un barre de notation: Sont-ils ironiques: 0%, 17%, 33%, 50%, 67%, 75%, 100%

Résultat

Les marqueurs suffisent à identifier l’ironie, malgré un contexte riche ou pauvre.

Si le son est coupé, l’ironie est tout aussi bien perçue Si le son est seul, idem mais moins bonne perception qu’image seule Si le regard est masqué idem, Si uniquement prosodie, après délexicalisation via logiciel PRAAT (texte incompréhensible), ironie mal perçue.

- 75% des locuteurs ont produit des marqueurs nécessaires à une perception correcte de l’ironie - Différences de genre des locuteurs sont déterminantes


Limites de l’expérience

- énoncés produits en contexte articficiel - travail focalisé sur les marqueurs (visuels et sonores) concomitants à l’énoncé ironique (le texte) - le locuteur a-t-il été perçu comme ironique (il était clairement demandé au panel d’identifier l’ironie) ou «non-sincère»?

Perspectives

- Compréhension et production des marqueurs para. par des populations linguistiques - Une analyse plus qualitative des marqueurs

Références

  1. En linguistique, la pragmatique est une branche de la linguistique qui s’intéresse aux éléments du langage dont la signification ne peut être comprise qu’en connaissant le contexte de leur emploi. (Wikipédia)
  2. [1]

Voir aussi

CARNUS Marie-France, TERRISSE André. Didactique clinique de l’éducation physique et sportive (EPS). De Boeck Supérieur (coll. « Perspectives en éducation et formation »), 2009


(voir Prosodie[1])

  1. La prosodie est l’inflexion, le ton, la tonalité, l’intonation, l’accent, la modulation que nous donnons à notre langage oral en fonction de nos émotions et de l’impact que nous désirons avoir sur nos interlocuteurs. (Wikipédia)