Rencontre sur l'école rurale avec l'Observatoire éducation et territoires (OET)

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Présentation

Rencontre sur l’école rurale avec l’Observatoire éducation et territoires (OET), séminaire de l’ESO-Caen (Université de Caen) du 28 janvier 2015.

Intervenants

  • Pierre Champollion (inspecteur d’académie, ancien directeur-adjoint d’IUFM, directeur de recherche à l’Université de Lyon et président de l’Observatoire Éducation et Territoires (OET)[1])
  • Daniel Lallaï (inspecteur de l’éducation nationale, doctorant à l’Université d’Aix-Marseille)

Live tweet MRSH150128

Introduction

En France, 30% des causes d’inégalités entre les élèves sont contextuelles (c’est-à-dire qu’elles ne proviennent pas de l’individu), dont 15% sont d’origine territoriale.

Historiquement, la sociologie de l’éducation s’est d’abord intéressé aux inégalités sociales, puis aux inégalités institutionnelles, et enfin aux inégalités territoriales, au début des années 2000. Cela dit, James Samuel Coleman met à jour les inégalités territoriales aux USA dès 1966 avec Equality of Educational Opportunity. À la même époque, Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron explique les inégalités à l’école par le déterminisme social (La Reproduction. Éléments pour une théorie du système d’enseignement, 1970). Mais Raymond Boudon (L’inégalité des chances, 1973) pense que les parents de milieu rural — effectivement défavorisés — encouragent moins leurs enfants à persévérer dans leur scolarité, par économie mais aussi pour les faire s’engager rapidement dans le monde du travail rural.

Caractérisation de la scolarisation rurale et montagnarde (Alpes de haute Provence)

Par Daniel Lallaï

Françoise Œuvrard[2] montre que les enfants de milieu rural réussisent mieux que les enfants de milieu urbain. Daniel Lallaï le confirme dans son étude des Alpes-Haute-Provence, 5e région montagnarde de France. Les élèves viennent plutôt de milieux défavorisés, mais réussissent mieux que la moyenne de la France. Si cette réussite ne vient pas de l’origine sociale, Lallaï se demande s’il y a :

  1. un effet de contexte :
    • effet-établissement (petite classe)
    • effet-classe (classe multi-grade)
  2. un effet-maître : notamment le fait d’une expertise plus poussée due au multi-grade.
  3. un effet-élève : le goût pour l’école.

La seule hypothèse qu’il valide est que les élèves d’écoles de moins de 5 classes réussissent mieux que les autres élèves : résultats plus élevés de 5% en français, 10% en maths. En outre, le plus grand goût pour l’école des élèves des Alpes-Hautre-Provence nécessite d’être évaluée, notamment par des analyse factorielle des correspondances (AFC).

Comparaison au niveau CM2 entre les scolarisations rurale et urbaine et suivis longitudinaux 1999-2011 (Drôme)

Par Pierre Champollion

Il apparaît une corrélation entre le diplôme le plus élevé de la mère de l’élève et le niveau de l’élève. (impact: 80%)

D’après Champollion, le goût de l’école ne varie pas entre élèves urbains et ruraux. En revanche, les élèves et leurs parents, en milieu rural et en particulier en Réseau d’Éducation Prioritaire (REP), ont une perception de soi et un niveau d’aspiration (Kurt Lewin) nettement moins bons qu’en milieu urbain, face à des affirmations telles que « je suis un bon élève », « mon enfant est un bon élève », « je vais réussir mon année prochaine », etc. Champollion parle même d’auto-censure dans les vœux de scolarité chez ces enfants et leurs parents. Si Champollion craint le caractère performatif de cette dévalorisation, il note néanmoins qu’elle est moins sensible années après années.

En ce qui concerne les métiers souhaités, les gosses rêvent des mêmes choses (Champollion), c’est-à-dire que ces souhaits sont déterminés par l’âge et non par la CSP ou la situation géographique. En ce qui concerne les activités, les écoles rurales et urbaines tendent à s’uniformiser dans les pratiques culturelles, sauf sur l’accès au cinéma, disparates selon les milieux ruraux. Pour compenser, les écoles rurales se sont équipées numériquement, et sont aujourd’hui mieux équipées que les écoles urbaines sur ce point. Dans le même temps, les familles de milieu défavorisé possèdent plus d’écrans que les autres.

Enfin, Pierre Champollion rappelle que les individus intériorisent leur territorialité. Elle peut être inconsciente (Robert King Merton) ou bien consciente ; et dans ce dernier cas, l’élève la met en avant.

Conclusion

Les intervenants ont d'une part souligné la diversité des ruralités en France, et des résultats statistiques qu’ils y puisent. Ils ont aussi rappelé le rôle positif des grandes sœurs et frères dans la progression des élèves.

D'autre part, ils notent qu’une pédagogie fondée spécifiquement pour le milieu rural et montagnard n’existe pas. Ils se questionnent sur sa pertinence et la façon de l’évaluer. Ils pensent que l’académie de Caen, majoritairement rurale, pourrait entamer une telle évaluation.

Références

  1. [1]
  2. Sociologue, chargée en 1994 des relations avec la recherche en éducation, à la Direction de l’évaluation et de la prospective au Ministère de l’éducation nationale.

Voir aussi