Introduction à l'archive sonore

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Ouïe et écoute (hearing and listening)

Terminologie

  • audition, auditif : qui se rapporte à l'ouïe (hearing).
  • auralité, aural : qui se rapporte à l'écoute (listening).

Médecine

Les études médicales sur l'oreille datent du XIXe siècle (ex: Pr Ádám Politzer (en)).

On sait que l'ouïe est sélective, contrairement à la vue. C'est l'effet cocktail party (Edward C. Cherry, 1953) : dans un environnement bruyant, notre cerveau peut se concentrer sur un seul élément sonore, puis réagir immédiatement à un autre signal. Le cerveau sélectionne parmi ce que l'oreille entend.

Technique

  • Le phonautographe, inventé en 1857 par Édouard-Léon Scott de Martinville. C'est le plus ancien appareil d'enregistrement connu, mais il ne permet pas l'écoute.
  • Le téléphone est commercialisé dès 1877 aux USA. Il permet d'entendre quelque chose qui n'est pas là. Il y a recréation mentale de la source originale du son. C'est une révolution anthropologique.
  • Le phonographe est présenté au public en 1877 aux USA. Il déplace la pratique publique du concert dans le cercle privé. C'est une révolution sociale.
  • Le théâtrophone est lancé en 1881 en France. Il permet d'écouter les représentations des grandes scènes parisiennes, en direct sur le réseau téléphonique.

Société

  • La première fonction de l'ouïe est de définir un espace de sécurité (safe space). Le philosophe Peter Sloterdijk a ainsi défini la notion d'audiosphère[1]. L'espace d'écoute joue ainsi un rôle essentiel, en tant qu'interface de diffusion, mais aussi en tant qu'espace social.
  • L'écoute n'est pas naturelle : elle est culturellement marquée (culturally marked) dans l'espace et le temps.
  • Le son n'est pas pur : il ne veut rien dire en lui-même. Il est caractérisé par l'émetteur (emitter) et l'auditeur (listener).
  • L'expérience et la mémoire auditive de l'auditeur conditionnent son écoute.
  • Le son est lié à l'expression : on entend ce que l'on peut formuler.
    Ex : en chinois, le mot « silence » peut notamment être traduit :
    • An jing (sens général) ;
    • Su jing (silence imposé, strict) ;
    • Ji jing (silence mélancolique).

Les sound studies

Les études d'arts du spectacle (performing arts studies) sont nées dans les années 60. Elles ont immédiatement défini le cinéma et le théâtre comme des arts visuels (visual arts). La dimension sonore a été très peu considérée, car :

  • elle était liée au domaine de la musique ;
  • elle était liée à la question du son, mais pas à celle de l'écoute (listening). Ainsi, le son a toujours été perçu comme un concurrent à l'image. Pourtant, c'est un agent d'immersion, tandis que l'image reste à distance.

Depuis le début du XXe siècle, les artistes ont exploité le rapport du spectacle au son. Mais les sound studies ne se sont développées qu'à partir de la fin des années 90 / début 2000.

L'Ircam

Dès 1970, l'Ircam (Institut de recherche et coordination acoustique/musique) a renouvelé l'approche de la musique, en travaillant sur sa dimension acoustique, et pas seulement mélodique et rythmique. Aujourd'hui, l'institut est un centre majeur des sound studies.

Pierre Schaeffer

Pierre Schaeffer a développé un protocole d'écoute basé sur l'écoute réduite (reduced listening). Il s'agit de se concentrer sur le caractère technique, sans céder à l'interprétation. Schaeffer a ainsi réalisé une classification des sons (bien entendu incomplète).

Il est aussi l'un des premiers à intégrer des éléments enregistrés dans ses concerts.

L'archive sonore

L'archive sonore (sound archive) d'un spectacle est :

  • la trace de ce spectacle ;
  • la trace d'une expérience de diffusion et de réception.

Travailler sur l'archive sonore d'un spectacle implique donc de réinscrire le son dans une mémoire de ce spectacle.

Dimension culturelle

L'expérience sonore n'est pas seulement auditive : elle conditionne (determine) toute l'expérience de réception du spectacle. De plus, l'écoute est culturellement marquée. Donc, une archive sonore doit être recontextualisée (contextualize), sur le plan technique mais aussi culturel (« Qui ? Comment ? Pour qui ? Pourquoi ? »).

De plus, l'analyse d'une archive sonore implique :

  • l'analyse de son expérience d'écoute ;
  • l'analyse de son rapport à l'archive.

Enfin, l'analyse implique l'usage d'un lexique. Ce lexique est :

  • imprécis (ex: on utilise souvent le même mot pour définir la personne qui crée le son, celle qui le modifie, celle qui l'intègre, etc.) ;
  • culturellement marqué. Il donc conditionne lui aussi notre rapport à l'archive.

Dimension technique

Un document sonore est un flux. On ne peut pas l'analyser comme une bande image. Les logiciels d'analyse sonore analysent toujours un élément du document, et pas le document entier.

Les conditions techniques d'enregistrement peuvent aussi conditionner l'action des personnes qui se font enregistrer (ex: l'enregistrement du monologue de Phèdre par Sarah Bernhardt).

Notes et références

  1. Audiosphère : espace de sécurité pour vivre et penser. L'espace collectif du spectacle peut être considérée comme une audiosphère.