La notion de victime

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Présentation

La notion de victime, conférence du 19 mai 2014 dans le cadre du colloque « La notion de victime : récits, discours et représentations dans les espaces lusophones et hispanophones », donnée à l’Université de Caen - Normandie.

Intervenant

Christophe Prochasson (directeur d’Etudes à l’EHESS de Paris et recteur de l’Académie de Caen).

Résumé

Christophe Prochasson fait référence aux défis auxquels les historiens sont de plus en plus confrontés avec l’émergence des témoins et des victimes sur le devant de la scène publique au XXe siècle.

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Le temps donné entre parenthèses fait référence au début de la citation.

Compassion et victimisation.

Christophe Prochasson explique :

La compassion excessive peut engendrer en retour les mouvements d’indifférence les plus inquiétants. Et pour demeurer vigilants, il me semble qu’il convient — et c’est tout le travail peut-être des sciences sociales — il convient d’assigner une hiérarchie aux évènements comme aux discours qui sont tenus sur eux. Car comment reconnaître les victimes et assurer leur défense, ou encore même exiger les réparations nécessaires, si chacune de ses victimes en appelle à la compassion de tous ?

— (5:05)

Il souligne néanmoins que la victimisation a permis de fonder des droits, et que le témoin prend aujourd’hui une place considérable dans ce processus (26:45).

Prochasson évoque enfin le concept de survictime (Chaumont), figure victime d’un groupe de victimes, c’est-à-dire victime des victimes (tel le fusillé pour l’exemple).

Récit d’histoire.

Christophe Prochasson s’interroge :

Quels mots, quels schèmes narratifs convient-il aujourd’hui d’adopter, pour décrire la violence en général bien sûr, mais la violence guerrière en particulier ?

— (11:45)

Ainsi, la recherche doit-elle rationaliser ou s’indigner face aux situations extrêmes ? Pour Prochasson, dans le meilleur des cas ces deux tendances se combattent sans accord possible tout en étant nécessaires (15:00).

Il note :

Les contextes commémoratifs sont en général très périlleux pour les historiens. Je dirais même que ces contextes commémoratifs sont sans doute les pires moments pour faire de l’histoire tant ils engendrent presque automatiquement des jugements moraux, en assignant aux catégories d’acteurs des valeurs positives ou négatives naturellement établies aux regards d’une histoire ultérieure.

— (28:00)

Mais Prochasson ne conteste pas la valeur politique de tels jugements et catégorisations :

Ces contextes historiographiques constituent des séquences absolument déplorables pour l’analyse — et on le mesure à chaque fois — mais, il faut bien le dire, impeccables pour le récit dans lequel chacun se projette parfois avec délice ; comme d’ailleurs parfois moyen de remplacement d’une impuissance politique en son temps.

— (28:50)

Références

  • CHAUMONT, Jean-Michel. La Concurrence des victimes : génocide, identité, reconnaissance. Éditions La Découverte, Paris, 1997
  • les travaux de Paul RICŒUR (notamment sur la place du témoin dans l’historiographie)